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Histoire de la Chorale Franco-Allemande de Paris

Les Chorales Franco-Allemandes
Une initiative originale de la société civile



Parmi toutes les initiatives prises par la société civile, dès le lendemain de la fin des hostilités de la Seconde Guerre Mondiale, pour contribuer à la réconciliation, à l’amitié et à la coopération franco-allemandes, il en est une qui se signale par son originalité et sa signification symbolique particulière : les chorales franco-allemandes.
La première d’entre elles a vu le jour à Berlin dès 1965, alors que l’encre du [[Traité de l'Élysée]] était à peine sèche et que j’effectuais alors mon premier séjour professionnel de diplomate à l’étranger. Elle procédait de l’idée toute simple (et toujours valable) que toute activité associative menée jusqu’alors d’une manière mono-nationale — c’était mon cas lorsque j’étais le chef de chœur d’une chorale d’amateurs pendant mes études au Lycée Louis-le-Grand de Paris — peut aisément prendre une dimension bi-nationale en réunissant sur place jeunes et moins jeunes partageant le même intérêt et la même passion pour l’activité concernée, ici le chant choral.
Au-delà de la pratique musicale elle-même, l’objectif avoué de cette première chorale doublement mixte (garçons et filles, Français et Allemands) était de procurer aux choristes des deux nationalités vivant dans la même ville l’occasion de rencontres régulières et fréquentes (répétitions hebdomadaires, week-ends de travail, concerts et tournées, enregistrements) propres à susciter de solides, chaleureuses et durables relations d’amitié personnelles.
Il faut, en effet, souligner au passage que la fréquence et la répétitivité des rencontres est souvent ce qui fait le plus défaut aux relations franco-allemandes, dès lors qu’elles postulent le franchissement de la frontière et ne se déroulent qu’au terme de longs et coûteux déplacements, nécessairement plus rares par la force des choses. “Loin des yeux, loin du cœur”, comme le dit fort justement le proverbe.
Le succès de cette formule mixte fut immédiat, puis rapidement contagieux : tour à tour, Munich, Paris, Baden-Baden, Cologne, Lille, Bonn, Lyon, Fribourg, Toulouse, Aurillac, Trèves, Brême, Dresde, Würzbourg et, plus récemment, Strasbourg et Aix-la-Chapelle, virent naître au fil des années une nouvelle chorale franco-allemande, chorales qui ne tardèrent pas à se regrouper en une Fédération et à faire des émules, comme ce fut le cas à Montpellier pendant plus de dix ans, et à Paris, où un deuxième Chœur Franco-Allemand, dirigé par M. Christoph Kühlewein, a exercé de 1981 à 2005.

De plus, faisant sien sur le plan culturel l’esprit de la politique du “Triangle de Weimar”, la Fédération des Chorales Franco-Allemandes s’est mise, dès la Chute du Mur de Berlin, à la recherche d’un partenaire en Pologne et compte désormais dans ses rangs un excellent chœur polonais, la Chorale Inter-universitaire Sainte-Anne de Varsovie.

À quoi tient donc ce succès, qui ne s’est jamais démenti pendant plus de 45 années ? Certes et avant tout, à l’une des vertus propres au chant choral, magnifiquement prônée par [[César Geoffray]], fondateur du Mouvement À Cœur-Joie auquel adhère la Fédération des Chorales Franco-Allemandes et qui lui doit son esprit, vertu qui est de faire naître l’amitié entre les choristes qui le pratiquent au sein d’un ensemble bien soudé et tout entier tourné vers le but exigeant de la meilleure qualité musicale possible. Mais aussi, répétons-le, à la conséquence heureuse de l’assiduité que requiert le chant choral s’il vise à obtenir des résultats présentables : la régularité et la fréquence des rencontres, autant d’occasions pour chacun des choristes de connaître l’autre, de s’essayer à parler sa langue, de découvrir son genre de vie et, plus généralement, les ressemblances et les différences entre les deux cultures. En transposant cette constatation vers d’autres activités associatives quelles qu’elles soient, je ne crains pas d’affirmer ma profonde conviction que rien ne peut remplacer pour des jeunes la pratique en commun de l’activité qu’ils se sont choisie et qu’ils aiment, mille fois plus précieuse qu’une rencontre bi-nationale privée de ce lien et de cette sève. Une telle rencontre risque fort, en effet, de n’engendrer que du verbiage et des contacts superficiels. Le “faire ensemble” l’emporte largement à mes yeux sur le “parler ensemble”.

L’importance soulignée de la rencontre franco-allemande sur place (possible a priori partout où existe une communauté minoritaire de l’autre nationalité, c’est-à-dire en particulier dans les villes universitaires) ne doit pas conduire à conclure que les chorales franco-allemandes ne se déplacent pas dans le pays partenaire.

Bien au contraire, elles ne cessent de cultiver leurs relations mutuelles grâce à un incessant chassé-croisé de rencontres deux à deux, ou même globales, lorsque l’anniversaire de l’une ou de l’autre chorale fournit l’occasion de préparer pour le donner en commun un grand concert marquant l’événement. Ce fut notamment le cas à Paris, où à trois reprises (en 1996, en 2001 et en 2006) un concert grandiose réunissant plus de 400 choristes et musiciens a été donné au [[Cirque d’Hiver]], puis à la Basilique de Saint-Denis, puis à l'Eglise Saint-Sulpice — toutes ces rencontres bénéficiant de l’aide déterminante de l’[[Office franco-allemand pour la jeunesse]] et de la Fondation “Entente Franco-Allemande “ de Strasbourg.

Quel que soit son programme musical, partout où l’une ou l’autre des chorales franco-allemandes se produit en concert, elle est immédiatement perçue par le public comme porteuse du message de l’amitié et de la coopération franco-allemandes.

Ce symbole peut devenir particulièrement fort dans certaines circonstances officielles et dans certains lieux : à l'Élysée à l’invitation du Président Pompidou, puis du Président Giscard d’Estaing ; à l'Église des Invalides de Paris, en présence du Président Mitterand et du Chancelier Kohl ; à la Kunsthalle de Bonn à l’occasion du 20ème anniversaire du Traité de l’Elysée ; à Dresde et à Varsovie, où plusieurs chorales réunies ont exécuté en commun une émouvante “Cantate pour la Paix” ; à Colmar, Caen, Fribourg, Cologne et Berlin lors de la commémoration en 1995 de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, ou encore dans la Cathédrale de Chartres pour la célébration, en présence du Chancelier Fédéral, du souvenir de l’Abbé [[Franz Stock]] ; au Mémorial de Caen à deux reprises, dans la Clairière des Fusillés à Châteaubriant et, le 6 juin 2005, lors de la commémoration du 60ème anniversaire du Débarquement des Alliés en Normandie, en présence du Président Jacques Chirac et du Chancelier Gerhard Schröder ; plus récemment, en octobre 2008, participation de la Chorale Franco-Allemande de Paris, sur le site du monument de Pennsylvanie de [[Varennes-en-Argonne]], au 90ème anniversaire de la fin de la Première Guerre Mondiale, et participation également de cette chorale à une cérémonie de ravivage de la flamme sous l’Arc de Triomphe, où elle a exécute successivement la “Marseillaise” et l’Hymne européen.

Dans d’autres pays européens également, les chorales franco-allemandes jouent ce même rôle d’ambassadrices de l’amitié entre la France et l’Allemagne.

C’est, en effet, grâce à elles que les murs de Budapest se sont un beau jour couverts d’affiches annonçant aux habitants étonnés la présence d’un ensemble mixte franco-allemand ; grâce à elles encore, que les services culturels français et allemands de Prague ont coopéré pour organiser dans la célèbre salle Dvorak du Rudolfinum un concert donné en commun par la Chorale Franco-Allemande de Paris et l’Orchestre Symphonique des Jeunes de la Ville de Bonn ; grâce à elles toujours, que les Ambassadeurs de France et d’Allemagne en Pologne, debout l’un à côté de l’autre auprès des autorités de la ville de Varsovie, ont chanté le “Gaude Mater Polonia”, l’hymne catholique polonais, dans une cathédrale comble et profondément émue. Mêmes témoignages à Rome, à Bruxelles, à Liège, en Finlande…

Ailleurs dans le monde, c’est à elles que l’on doit d’avoir vu flotter côte à côte pendant toute une semaine les drapeaux français et allemand sur le toit de la Présidence de la République du Sénégal, à la demande personnelle de Monsieur Léopold Senghor, puis en Acadie à l’entrée du grand chapiteau des Arcadiades et dans les rues anglophones de Moncton, puis encore, à Sapporo et à Kyoto, le drapeau nippon entre les étendards français et allemands. Et pourquoi ne pas souligner fièrement à ce propos que c’est la coopération entre la Chorale Franco-Allemande de Munich et le Chœur International de Sapporo qui a été le point de départ du jumelage entre cette ville japonaise et la capitale bavaroise ? De même que c’est à la Chorale Franco-Allemande de Paris que l’on doit le premier retour d’un chœur venu d’Europe dans la ville de Beyrouth mutilée ?

Un dernier mot concernant plus particulièrement la “Cantate pour la Paix” déjà évoquée, et qui est devenue le fleuron du répertoire permanent de la Chorale franco-Allemande de Paris : cette partition, qui m’avait été commandée par l’Institut Français de Nazareth avec l’appui de l’Ambassade de France à Tel-Aviv, avait pour but initial de faire coopérer au cours d’un concert commun une chorale palestinienne catholique et une chorale israélienne proche de Nazareth, et de contribuer ainsi d’une manière symbolique au processus de paix inauguré en 1997 par les accords d’Oslo.

Cette œuvre, donnée pour la première fois dans la Basilique Don Bosco de Nazareth avec le concours du célèbre Orchestre de Chambre de Tel-Aviv, concert placé sous l’égide de l’UNESCO et exécute en présence de l’Évêque latin de Jérusalem, a été le point de départ de plus d’une cinquantaine de concerts le plus souvent demandés par les Associations franco-allemandes ou les municipalités françaises jumelées avec une ville allemande. Deux d’entre eux me valent d’ailleurs d’avoir été nommé “Citoyen d’Honneur” des Villes de Châteaubriant et de Fougères, nominations pour lesquelles j’éprouve autant de fierté que pour celle ressentie lorsque ma “Cantate pour l’Acadie” avait été choisie pour être exécutée le 29 août 1999 au Moncton High School dans le cadre du Sommet de la Francophonie qui se déroulait dans cette ville du Nouveau-Brunswick, puis lorsque ma “Suite Wallone” a été créée dans le cadre des Fêtes de Wallonie à Libramont, Namur, Louvain-la-Neuve et Charleroi.

Cette même “Cantate pour la Paix” sera redonnée le lundi 24 mai prochain à Scy-Chazelles dans le cadre du 60ème anniversaire de l’appel de Robert Schuman en faveur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, préludant à la création de l’Union européenne actuelle.


Bernard Lallement

Chef d'honneur de la Chorale franco-allemande de Paris,

Président d'honneur de la Fédération des Associations Franco-Allemandes Fondateur et de la Fédération des Chorales Franco-Allemandes