Galeries
| Noëls de France |
| Mercredi, 26 Novembre 2008 23:20 | ||||||
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Ensemble choral de la Roche-Bernard dir. Jean-Luc Guilloré Ensemble instrumental d'Ile-de France Quatuor à cordes de l'Orchestre de chambre, Jean-François Gonzalès Enregistré en 1979 en la collégiale de Champeaux CD : BNL 112757
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| Ar baradoz (noël breton) | Download Embed Embed this video on your site |
| Saint Joseph qui lessive (noël du Roussillon) | Download Embed Embed this video on your site |
| Süsser die Glocken nie klingen (noël alsacien) | Download Embed Embed this video on your site |
Présentation
Selon certains chercheurs, la fête de Noël, destinée à célébrer la naissance de Jésus-Christ, aurait été instituée dès 138 par le pape Télesphore. D'autres historiens fixent en 336 sa plus ancienne attestation A Rome c'était alors une commémoration essentiellement latine qui se propagea au cours du IVème siècle dans le Proche-Orient, puis, en 430, à Alexandrie. La date du 25 décembre n'aurait été arrêtée qu'après de longues hésitations et en partie sous l'influence de la fête païenne du " Natalis Invicti " (renaissance du Soleil) que l'on remplaçait par Noël. Au IVème siècle, Saint Hilaire de Poitiers écrivait une hymne, "Jesus refulsit", que certains considèrent comme le plus ancien "noël latin"; au siècle suivant, on installait à Sainte Marie Majeure de Rome un praesepe (étable) à l'imitation de ce qui se faisait déjà à Jérusalem pour la nuit de Noël ; dès cette époque, il y avait en Gaule un office de Noël avec ses textes, ses antiennes, son cérémonial etc. C'est à cette date que commence l'année liturgique, et l'importance de la Nativité ne fait que s'accroître au cours des siècles, donnant progressivement naissance à un drame liturgique, véritable pièce de théâtre avec multiples personnages, décors, paysages, incidents, dialogues et hymnes s'insérant dans le texte sacré tiré de l'Ecriture. On connaît plusieurs variantes célèbres de ce drame liturgique, construit sur la base et selon le plan d'un sermon attribué à Saint Augustin (manuscrit de Benedictbeuern, plus connu sous le nom de "Carmina Burana", recueil daté des environs de 1200 ; "Ludus de Nativitate Domini", jeu noté en neumes et chanté d'un bout à l'autre).
Pendant toute cette période, c'est très naturellement la ligne grégorienne, qui se garde de la solennité et de l'emphase, qui est choisie comme musique pour porter les textes sacrés du drame. L'humilité du ton de cette musique et ses couleurs modales conviennent en effet admirablement au mystère de la Nativité. Quand il le faut, les mélodies liturgiques consentent à simplifier leur rythmique, avec la tolérance de l'Eglise, pour recevoir des textes compris de tous. C'est l'interdiction, au xve siècle, de toute représentation théâtrale, frappant aussi bien le théâtre profane (jeux et fabliaux médiévaux) que les Mystères, Miracles et Passions liturgiques, qui donne naissance aux chansons de Noël proprement dites et qui est à l'origine de leur prodigieux essor. Les Noëls viennent en succédané de ce théâtre interdit et offrent un raccourci des Mystères. Mêmes thèmes, mêmes personnages, mêmes formules, mêmes vers parfois que ceux des Mystères.
Le chant grégorien, s'il reste encore la base essentielle de la musique (portant parfois un curieux mélange de latin et de langue vulgaire, ce que l'on appelle des "Noëls farcis"), n'est plus la seule source et la musique profane est de plus en plus utilisée pour recevoir les couplets des Noëls. En même temps, les personnages se rapprochent du peuple et se voient donner les prénoms familiers de nos campagnes (Thibault, Mathieu, Lucas, etc...). La Crèche, ne se situe plus à Bethléem, mais au hameau voisin, lequel est d'ailleurs tout proche de Bethléem. C'est à des bergers que l'on connaît qu'apparaît l'ange Gabriel. Nul effroi à son apparition : rien de plus naturel, au contraire, que de lui parler et de le tutoyer. Ce sont des produits de nos terroirs.
Pour ma part, je n'ai pas l'intention d'entrer dans cette controverse. Anonymes ou non, les Noëls sont pour moi l'une des formes les plus humaines de la poésie populaire française. Sans doute y rencontre-t-on, à côté de vraies tournures naïves et de délicatesses tout à fait délicieuses, des vulgarités, des "naïvetés cherchées" et des platitudes de versification saint-sulpicienne éminemment regrettables. Mais le tout est à prendre, selon moi, en bloc, comme montrant toute la gamme des vibrations de l'ensemble d'un peuple à un même choc. D'autre part, anonymes ou non (et dans la mesure, bien entendu, des certitudes que l'on peut avoir quant aux origines régionales des Noëls anonymes), les Noëls fournissent de précieuses indications sur le caractère des différentes populations de France; et cette "géographie psychologique" de nos terroirs qu'ils permettent d'étudier me sont une raison supplémentaire de m'intéresser sans distinction à tous les Noëls de France.
Voilà pour les paroles. Reste la musique. Beaucoup sont convaincus que les Noëls, soit par la gaieté et la fraîcheur de la musique, soit par sa tendresse, soit par son éclat, rendent un son particulier, inimitable et qui les rend impossibles à confondre avec d'autres chansons. Autrement dit, que les Noëls ont leur musique propre. "Comme il serait agréable de le croire, ironisent les érudits, ce serait en quelque sorte un petit miracle de plus au sein du grand Miracle de Noël. Malheureusement il n'en est rien, la preuve étant maintenant faite, mis à part naturellement les Noëls nés directement sur des thèmes grégoriens, que nombre de timbres des plus profanes, voir des plus licencieux, ont servi à chanter Noël - et inversement".
Soit. Mais, au fond, cette preuve, que prouve-t-elle ? Est-ce vraiment un hasard qu'un poète noëliste confie ses couplets à tel air plutôt qu'à tel autre ? N'exerce-t-il pas au contraire un choix conscient et inconscient vers une certaine qualité de musique ? Enfin ce choix fait, ne s'opérerait-il pas entre la musique et le texte l'une de ces alliances mystérieuses faisant que désormais leur destin commun est indissolublement scellé et que ce nouveau Noël rendra à tout jamais le son propre d'un Noël ? Qui, lorsqu'il entend l'air de "Lorsque la mer rouge apparut" songe plutôt à la chanson à boire qu'au Noël ?
En fait, il doit en être des Noëls comme des autres chansons populaires. On peut à la rigueur analyser l'alchimie de leur fabrication initiale. Mais la suite de leur destin et de leur évolution devient rapidement trop complexe pour l'analyse. Voici ce qu'écrit Joseph Canteloube à ce sujet: "Lorsque les paroles et la musique sont en parfait accord, il y a chef-d'œuvre, aussi bien dans le cas de la chanson populaire anonyme que dans celui de la chanson signée d'aujourd'hui". Ceci s'applique à la lettre aux Noëls, soit que la musique ait été prise à un cantique quelconque, ou inspirée d'un hymne religieux ou d'un air profane, ou faite par un auteur anonyme". Oui, démentant les érudits, Noël rend bien dans ses chants un son à nul autre pareil ! Ce n'est pas un miracle du Ciel, mais tout simplement le miracle du folklore, c'est à dire celui réalisé par la sensibilité des hommes au fil des siècles.
Puisse ce disque en convaincre ses auditeurs et, leur apportant la naïveté et la ferveur d'un bouquet de nos vieux Noëls de France, leur procurer un bain de fraîcheur qui ne saurait être aujourd'hui que particulièrement salutaire.
Bernard Lallement


