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| Chants des pays de France |
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| Mercredi, 26 Novembre 2008 23:51 |
Chorale Franco-Allemande de Paris Ensembles instrumentaux & traditionnels Direction : Bernard Lallement BNL 112895 ADD - Coffret de 4 CD Mis à part l’impérissable À la claire fontaine, ce chef d’oeuvre absolu du folklore français et canadien qui a fait pleurer tous les coeurs sur ses quatre notes magiques, il s’en faut de beaucoup que les plus connues de nos chansons populaires (Alouette, gentille alouette, C’est la mère Michèle. Cadet Rousselle, Chevaliers de la Table Ronde, Gentil coquelicot, Auprès de ma blonde, Il était un petit navire, Sur le pont d’Avignon, etc.) soient toujours les plus belles, et surtout les plus représentatives. Cela tient à ce que pour la grande majorité des Français leur folklore musical se résume aux quelques chansons qu’ils ont apprises soit à l’école, soit dans telle ou telle colonie de vacances ou tel ou tel camp de jeunesse, chansons intentionnellement choisies depuis des générations parmi celles qui sont ou les plus simples à mémoriser, ou les plus amusantes, ou les plus propres à plaire aux enfants pour leur anecdote et les réactions qu’elle leur inspire. Quelle erreur ! Il n’est que de lire, entre autres multiples travaux (Achille Millien, Julien Tiersot,Vincent d’lndy, Patrice Coirault, Henri Davenson, William Lemit, etc.) l’admirable Anthologie des Chants Populaires Français d’un Joseph Canteloubeet les quelque 1200 chansons qui s’y trouvent présentées province par province pour se convaincre que notre folklore est autrement vaste, divers et profond. "Il n’y a pas de peuple, avait déjà osé affirmer Voltaire, qui ait un aussi grand nombre de belles chansons que le peuple français". Sans prétendre, bien entendu, épuiser le sujet et encore moins redresser une situation qui paraît irréversible, le présent coffret propose une découverte de trésors ignorés. A deux ou trois exceptions près. En effet, telles que Le roi a fait battre tambour (grâce à Yves Montand et à Nana Mouscouri d’ailleurs), La légende de Saint. Nicolas et, à la rigueur, Aussitôt que la lumière chère au coeur des Nivernais, les 124 titres rassemblés dans ces quatre CD sont - j’en mettrais ma main au feu - totalement inconnus de la grande masse de nos compatriotes, spécialistes mis à part. Or, paradoxalement, ils contiennent quelques-unes des plus belles, des plus grandes, des plus éternelles chansons de notre patrimoine. Puisse leur découverte en persuader les auditeurs français et les emplir de fierté S’agissant de l’interprétation de ces chansons, je tiens à dissiper dès maintenant tout malentendu et à rejeter une fois pour toute un reproche tenace. Il est bien certain qu’au temps où elles étaient vivantes dans leur vrai contexte socioculturel, ces chansons n’étaient pas exécutées par des chorales à quatre voix mixtes. Sauf cas particuliers (par exemple en Corse ou dans le pays basque), elles n’ont pas été conçues polyphoniquement et, dès lors qu’elles sont harmonisées, il ne s’agit évidemment plus de folklore pur. Aussi bien ceux qui s’efforcent de retrouver aujourd’hui l’exécution la plus proche possible de l’authentique ont-ils parfaitement raison de remettre à l’honneur le style d’accompagnement instrumental que pratiquaient les vielleux, violoneux et autres accordéonistes diatoniques de nos campagnes, c’est-à-dire celui de la mélodie chantée par un seul ou à l’unisson, ou par deux chanteurs se répondant en tuilage comme le font les Bretons. Mais il est tout aussi vrai que de tout temps les musiciens dits "savants" ont habillé de polyphonie les thèmes populaires donnant vie à une tradition tout aussi ancienne que les chansons traditionnelles elles-mêmes. C’est dans cette deuxième veine que s’inscrivent les chansons de ce coffret, écrites sciemment pour des chorales.., puisque les chorales sont les derniers refuges où l’on chante encore en France. Harmoniser, soit Mais comment ? A cette question, autant de réponses que de musiciens, dont un grand nombre, de la Renaissance à nos jours, ont donné ses lettres de noblesse au véritable genre musical en soi qu’est devenue au fil des siècles la chanson populaire harmonisée. Sans remonter au déluge, qu’il suffise d’évoquer les noms de Charles Gounod, Camille Saint-Saëns, Emmanuel Chabrier. Maurice Emmanuel, Vincent d’lndy, Francis Poulenc, Joseph Canteloube, Jean Langlais, Daniel Lesur, Jean-Louis Martinet, César Geoffray... parmi bien d’autres encore Pour moi, qui ne saurais songer à égaler ces maîtres, je m’en suis volontairement tenu à la plus simple des conceptions : Partant du fait que la plupart des mélodies populaires sont écrites dans des gammes anciennes, plus ou moins dérivées du plain-chant grégorien, j’ai choisi de me conformer strictement à la logique interne de cette musique. Il en résulte une absence absolue d’accidents musicaux aux voix d’accompagnement, partant une grande facilité d’apprentissage et un parfait naturel dans l’exécution. J’ai, d’autre part, fui le contrepoint savant et les entrées fuguées afin de ne pas nuire à la compréhension du texte, où réside précisément la poésie du peuple. Ainsi, le caractère propre de chaque chanson se trouve-t-il préservé, voire mis en valeur, du moins je l’espère. Au reste, le vrai problème n’est pas là. En s’efforçant de ressusciter aujourd’hui notre folklore musical, nul ne songe en effet à un quelconque retour formel au passé, inspiré par on ne sait quelle vénération des ancêtres. Ni reconstitution historique, ni imitation. On ne veut remettre les pieds de personne dans des sabots. Le fait est seulement que notre civilisation actuelle paraît avoir grand besoin d’un surcroît de poésie, de sain humour et de sentiments naturels. En un mot, d’un supplément d’âme. Or, on trouve tout cela dans notre musique populaire qui est l’expression, sans aucune retouche, du coeur humain. Réapprenons donc nos chants traditionnels, surtout dès l’enfance. Réjouissons-nous au plus profond de nous-mêmes de leur beauté mélodique et rafraîchis- sons-nous au contact de la naïve poésie de leurs strophes. A travers eux, découvrons en nous la sensibilité et le génie propres à notre nation ou à notre région. Il sera toujours temps, après, de s’interroger sur la meilleure manière de les interpréter, préoccupation largement secondaire à mes yeux. Modèles de diversité dans l’inspiration mélodique et rythmique comme dans la couleur de l’har- monie implicite, les chants du terroir le sont aussi quant à la sincérité et à la justesse de leurs accents. Coquine ou vertueuse, poignante ou remplie d’espoir, romantique ou gaillarde, spirituelle ou charnelle, satirique, coléreuse, amère ou résignée. la chanson du peuple est immédiatement ressentie comme étant une expression authentique et vraie. Pour conclure, j’aimerais laisser la parole à quelques personnalités ayant admirablement parlé de la chanson populaire, d’ici ou d’ailleurs. « Il y a une mélodie natale comme il y a un climat natal », écrivait en 1831 le poète polonaisWitwicki à Frédéric Chopin. « Un peuple qui ignore ses chants populaires ne connaît pas son âme », surenchérissait en 1906 le folkloriste Bourgault-Ducoudray dans une lettre à son ami Charles Bordes, fondateur de la Schola Cantorum. Presque au même moment, voici les termes émouvants dans lesquels s’exprimait le poète et folkloriste nivernais Achille Millien : "Modeste poésie qui nourris, berças, consolas tant de générations ; ô vieille chanson de nos pères, toi qui, durant les longues veillées sous le chaume ébranlé par le vent de neige, emportais vers un peu d’idéal l’esprit des pauvres travailleurs de chez nous ; toi qui, t’envolant, comme l’alouette, des lèvres de la bergère, à l’aube d’avril, répandais d’échos en échos l’allégresse du printemps retrouvé, on ne te connaît plus ! Compagne assidue des humbles, confidente de leur foi, interprète de leurs sentiments, charmeuse de leurs misères, tu les suivais dans toutes les manifestations de leur existence. D’autres moeurs ont prévalu et tu restes dédaignée. Nous sommes tes dévots survivants et tes derniers fidèles. Combien peu, dans la génération qui monte, auront un souvenir pour toi, vieille chanson de France, triviale souvent, mais si naïve ; brutale quelquefois, mais si franche ; gracieuse presque toujours, délicate même et rayonnante de ce charme naturel qui ne doit rien à l’artifice et qui se refuse à l’analyse. Plus tard, dans le silence des bibliothèques, où tu dormiras ton lourd sommeil, nos petits-neveux, issus d’une race à son déclin, tels les vieillards qui se sentent attirés vers l’enfance, viendront te demander par quel secret tu sus enchanter l’âme du peuple à l’âge de sa vigueur passée. Mais tu ne verras jamais venir, comme la Belle-au-Bois dormant, le Prince-Charmant pour t’éveiller, chanson des ancêtres, et te rendre la vie" Quant à Joseph Canteloube, son analyse mériterait d’être relue et méditée par tous ceux qui sont en charge de l’éducation dans notre pays : « Les chants populaires, écrivait cet infatigable collecteur et cet éminent spécialiste, reflètent les qualités essentielles du génie français, qui se résument dans la simplicité de moyens, la clarté de la forme, la verve expressive et le naturel, Ils constituent la plus ancienne, la plus pure et la plus humaine des traditions nationales, rattachant étroitement le présent au passé. Ils sont la multiple voix profonde de notre pays, le véritable reliquaire de l’âme française ». Et de poursuivre : « Un peuple cherchant sa véritable voie ne peut la trouver qu’en restant en accord avec les principes qui présidèrent à sa formation, commandèrent son histoire, développèrent sa mentalité, sa personnalité, son âme. En demeurant lui-même, il communique avec l’unique source capable d’alimenter sa vie et de lui infuser, si besoin est, une nouvelle jeunesse. » Pour y parvenir, le meilleur et le plus sûr moyen est, pour lui, de puiser à son propre fonds, à ses traditions les plus pures, à celles qui furent au long des siècles gravées dans la mémoire héréditaire des générations et dont la plus précieuse - à coup sûr la plus humaine - est constituée par les chants anonymes traditionnels, les chants populaires, expressions fidèles des joies et des souffrances du peuple... Presque toutes les nations ont fait, à un moment de leur histoire, ce retour. Plus que toute autre, la France trouverait profit à le faire car, plus que toute autre nation, elle est rattachée, par ses chants populaires, à ses origines les plus lointaines ? " Ce texte, il est vrai, a plus de cinquante ans. Est-ce à dire qu’à l’heure de l’Europe et de la mondialisation galopante il aurait perdu toute pertinence ? Bernard Lallement |




