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| Y a-t-il encore une place pour la chanson populaire dans le répertoire choral ? |
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| Lundi, 25 Décembre 2006 00:00 |
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Inutile de faire comme l’autruche : la méconnaissance par l’immense majorité des Français d’aujourd’hui de leurs chansons populaires est quasiment totale. Les causes en sont multiples : l’urbanisation d’abord, qui a eu pour effet progressif la disparition des fêtes locales traditionnelles, l’école ensuite, qui n’a pas joué suffisamment vis-à-vis des enfants le rôle de transmission de ce patrimoine particulier qu’on était en droit d’attendre d’elle, les chorales enfin, qui dédaignent de plus en plus d’inscrire ces chansons dans leurs répertoires. Seuls échappent à cette débâcle et à cette désaffection les noëls, qui profitent de la vogue extrêmement commercialisée de cette période de fin d’année, et quelques autres chansons, ici et là, dans celles des régions de France qui, comme la Bretagne, le pays basque, l’Alsace, la Provence ou la Corse, s’attachent encore à affirmer leur particularité. S’agissant du rôle de l’école, c’est-à-dire en bonne analyse de la politique culturelle de la République elle-même sur ce sujet, je me bornerai à constater que le temps est bien éloigné où un ouvrage comme l’Anthologie des Chants Populaires Français d’un Joseph Canteloube se voyait couronné par l’Académie Française et par l’Académie des Beaux Arts … C’est donc sur le rôle spécifique et complémentaire des chorales (*) que je préfère concentrer ma réflexion. Pendant les deux décennies postérieures à mai 68, où une grande quantité de groupes folkloriques ont vu le jour et ont prospéré (Malicorne, le Grand Rouge, etc.), où les chanteurs se sont multipliés (Alan Stivell, Yvan Guilcher, Jean-François Dutertre, Jean-François Quéméner, Anne Auffret, Maripol, les sœurs le Gloannec, les Tri-Yann, et bien d’autres jusqu'à l’ensemble corse I Muvrini), de même que les Compagnies de Danses Populaires (Jacques Douai, Michel et Michelle Blaise) et les Festivals folkloriques (Gannat, Saint-Chartier, Confolens, Dijon, Quimper, Lorient), où les disques de chants à répondre et à danser, de ballades et chansons traditionnelles françaises, de suites folkloriques diverses ont envahi les bacs des disquaires et des FNAC, on a pu croire à un véritable renouveau de la chanson populaire en France. De leur côté, les chorales, et spécialement celles du Mouvement À Coeur-Joie, n’ont pas été en reste : édition d’abondantes harmonisations de chansons du terroir, ateliers de chansons populaires aux Choralies de Vaison-la-Romaine, journées régionales consacrées au folklore, création des Folklories (Brive, Valogne, Plouagat, Quentin). Malheureusement, ce n’était qu’une mode passagère, qui n’a duré qu’une vingtaine d’années environ et, s’agissant des chorales, qui n’a pas résisté à leur évolution propre — que je crois pouvoir caractériser ainsi :
Cela dit, tout est-il définitivement perdu pour notre chanson populaire ? Je ne le crois pas. On parle beaucoup en ce moment d’un nécessaire retour vers nos valeurs et d’intégration identitaire à la société française. La chanson populaire en fait partie au même titre que la maîtrise de notre langue et le respect de nos lois. Il suffirait d’entreprendre une action formatrice auprès de nos chefs de chœur pour les convaincre qu’ils ont un rôle éminent à jouer dans ce domaine, en prolongement (voire en remplacement !) de celui de l’école. Sans aller jusqu’à utiliser les grands mots, tels que « qui ne connaît pas ses vieilles chansons ne connaît pas son âme », ou encore, comme osait l’affirmer Voltaire, « il n’y a pas de peuple qui ait un aussi grand nombre de belles chansons que le peuple français », ni surtout obliger les nouvelles populations françaises issues de l’immigration à dire encore, comme ce fut le cas en d’autres temps, « nos ancêtres les Gaulois », on pourrait obtenir d’eux qu’ils incluent dans le répertoire de leurs chorales et dans les programmes de leurs concerts publics un plus grand nombre de chansons populaires françaises harmonisées. Il n’en manque pas. Bref, les convaincre qu’au-delà de la musique, il leur incombe en quelque sorte de remplir un devoir civique de conservation et de transmission du patrimoine.
Bernard Lallement Fontenay-aux-Roses 25 décembre 2006
(*) Ne sont évidemment visées ici que les innombrables chorales d’amateurs, étant acquis que les chœurs professionnels (ou les chorales d’amateurs de haut niveau) ne se soucient que comme d’une guigne du destin de la chanson populaire, ou ne daignent l’aborder qu’à la condition que les harmonisations choisies en soient signées par des noms de grands musiciens célèbres, ce qui leur sert de caution et de garantie contre toute critique. |
| Mise à jour le Vendredi, 05 Février 2010 20:19 |


Y a-t-il encore une place pour la chanson populaire dans le répertoire choral ?

