REQUIEM en do majeur, opus posthume de Charles Gounod
Enregistré en 2006 par la Chorale Franco-Allemande de Paris
Quand il perd connaissance dans l’après-midi du 15 octobre 1893, Charles Gounod vient juste de mettre la dernière main à la réduction pour piano de l’orchestration de son Requiem en do majeur, composé à la mémoire de son petit-fils Maurice, prématurément disparu à l’âge de 5 ans, et dont la mort l’avait beaucoup affecté. La tête tombée en avant sur la partition du Requiem ouverte à la page de l’exquis « Benedictus », et « retenue par la pipe dont le fourneau s’appuyait sur la table », c’est ainsi que sa femme le trouva. Gounod ne reprend pas connaissance et meurt trois jours plus tard, au matin du 18 octobre.
La version pour grand orchestre, chœur à quatre voix mixtes, solistes et orgue, que son auteur n’entendit donc point, fut exécutée pour la première fois durant la Semaine sainte, les 23 et 24 mars 1894 par la Société des Concerts du Conservatoire, puis reprise en grand apparat au mois d’octobre de la même année en l’Église de la Madeleine. Ce fut en quelque sorte l’hommage officiel rendu au célèbre compositeur en présence de sa famille, des autorités politiques et des musiciens, parmi lesquels avaient pris place Ambroise Thomas et Giuseppe Verdi.
Le Requiem en do majeur, opus posthume, est la 4ème messe des morts composée par Gounod, en comptant le grand Requiem par lequel s’ouvre sa Trilogie sacrée Mors et Vita, dont est extrait le « Beati qui lavant » présenté dans cet enregistrement, la Petite messe funèbre en fa majeur pour chœur et orgue, et la Messe brève pour les morts, en fa également, pour 2 chœurs et orgue.
Henri Büsser, disciple assidu et fidèle des dernières années de Gounod, proposa peu après la mort du compositeur plusieurs versions du dernier Requiem de son maître, dont la plus rare est celle réalisée pour chœur, solistes, quintette à cordes, harpe et orgue. C’est cette version, particulièrement émouvante et donnant par son dépouillement et son recueillement une idée juste des intentions du compositeur et du musicien d’église qu’était profondément Gounod, qui a été retenue pour cet enregistrement.
Dans ce Requiem, comme dans celui de Fauré, point d’éclats terrifiants, y compris dans le « Dies Irae », mais une conception paisible de la mort, qui atteint le point culminant de la sérénité dans l’admirable phrase du « Recordare », puis dans le « Benedictus » et le « Pie Jesu », où tout est lumière, confiance et consolation.